Son nom est indissociable du drame de Lépanges-sur-Vologne. Plus de trois décennies après le meurtre de Grégory Villemin, Murielle Bolle reste au cœur de l’affaire.
Une adolescente au centre de toutes les suspicions
En octobre 1984, la France entière découvre le visage de Murielle Bolle, alors âgée de 15 ans. Deux semaines après la découverte du corps du petit Grégory, retrouvé pieds et poings liés dans la Vologne, Murielle est entendue par les enquêteurs. Lors de cette audition, elle accuse son beau-frère, Bernard Laroche, d’avoir enlevé l’enfant avec elle à bord de sa voiture.
Son récit est précis : elle raconte avoir quitté le lycée avec Laroche, au lieu de prendre le bus scolaire comme à son habitude. Ensemble, ils se seraient arrêtés pour récupérer le petit Grégory, avant de prendre la direction de Docelles, là où le corps sera retrouvé. Laroche aurait prétendu le « déposer chez un ami », puis serait revenu seul. Ce témoignage mène directement à l’inculpation de Laroche pour assassinat.
Une rétractation qui sème le chaos
Mais dès son retour chez elle, Murielle Bolle change de version. Elle convoque la presse et affirme avoir menti sous la pression des gendarmes. Elle raconte avoir été menacée de placement en maison de correction si elle ne livrait pas un nom. Cette volte-face bouleverse le cours de l’enquête et crée une immense confusion dans les médias et l’opinion publique.
À lireCovid-19 : la liste des symptômes persistants après le vaccin s’allongeLa justice libère Bernard Laroche. Mais l’histoire prend un tournant tragique. En mars 1985, Jean-Marie Villemin, père du petit Grégory, abat Laroche d’un coup de fusil. Un acte de vengeance qui relance le débat sur la véracité des premières déclarations de Murielle. L’enquête, elle, s’enlise, faute d’éléments probants et de certitudes.
Une vérité toujours insaisissable
Malgré les années, Murielle Bolle n’a jamais vraiment quitté le paysage judiciaire de l’affaire. En 1993, lors du procès de Jean-Marie Villemin, elle déclare de nouveau que ses accusations contre Laroche étaient fausses. Pourtant, plusieurs éléments viennent fragiliser sa version. Le conducteur du car scolaire confirme qu’elle n’est pas montée dans son bus ce fameux 16 octobre. Des camarades de classe le corroborent également.
Ces incohérences alimentent les doutes. A-t-elle menti pour protéger un proche ? A-t-elle cédé à la pression de sa famille, ou au contraire, a-t-elle été manipulée par les enquêteurs ? Les zones d’ombre persistent. Et chaque nouvelle procédure relance les espoirs d’une vérité judiciaire claire, mais celle-ci semble toujours hors d’atteinte.
Une garde à vue relancée… plus de 30 ans après
En juin 2017, une nouvelle étape surprend les Français : Murielle Bolle est placée en garde à vue, à nouveau. Le contexte : la mise en examen de Marcel et Jacqueline Jacob, grand-oncle et grand-tante de Grégory. Ces éléments relancent la thèse d’un acte collectif, déjà évoquée dans les années 80. L’ADN de Murielle Bolle est prélevé dans le cadre de cette procédure. Elle est soupçonnée de non-dénonciation de crime, de complicité d’assassinat, et de non-assistance à personne en danger.
Sa garde à vue, initiée en 1984, reprend donc symboliquement son cours, avec les heures déjà comptabilisées. Les enquêteurs disposent de peu de temps pour tenter de faire parler cette femme aujourd’hui âgée de 49 ans. Son attitude, ses silences, ses contradictions sont scrutés. Pour beaucoup, elle détient une part de vérité, même si les preuves restent fragiles.
L’affaire Grégory, l’une des plus énigmatiques de l’histoire judiciaire française, continue de fasciner et de diviser. Et Murielle Bolle, malgré le poids des années, reste cette figure centrale, celle dont le premier témoignage a tout déclenché… et dont le silence fait encore débat.

