Le cancer gastrique reste difficile à repérer précocement, notamment lorsque les premiers troubles sont discrets. Pourtant, l’étude du microbiome buccal ouvre une piste intéressante pour améliorer un jour son dépistage.
Cancer : pourquoi celui de l’estomac peut rester discret
Un cancer de l’estomac, aussi appelé cancer gastrique, se développe à partir de cellules de l’estomac. Comme pour d’autres tumeurs, la maladie peut rester relativement silencieuse pendant un certain temps.
C’est précisément ce qui complique son repérage. Au début, certains patients peuvent ressentir des troubles digestifs assez banals. Or, ces manifestations peuvent avoir de nombreuses autres causes, souvent beaucoup moins graves.
Des douleurs ou une gêne dans la partie supérieure de l’abdomen peuvent notamment apparaître. Une diminution de l’appétit, une sensation d’être rassasié très rapidement ou encore une perte de poids inexpliquée peuvent également conduire à consulter.
D’autres manifestations sont possibles lorsque la maladie évolue. Une fatigue persistante peut, par exemple, être liée à une anémie. Des nausées et des vomissements peuvent aussi survenir.
Par ailleurs, certains saignements digestifs peuvent entraîner des selles très foncées. Toutefois, aucun de ces symptômes ne permet, à lui seul, d’affirmer la présence d’un cancer. Des examens médicaux restent indispensables pour établir un diagnostic.
Cette prudence est essentielle. L’Institut national du cancer rappelle plus généralement que la présence d’un symptôme évocateur ne signifie pas automatiquement qu’une personne souffre d’un cancer. Le diagnostic repose sur des examens adaptés réalisés par des professionnels de santé.
Cependant, les scientifiques cherchent également des moyens de repérer certaines maladies plus tôt. Et une piste étonnante concerne désormais les milliards de micro-organismes qui vivent naturellement dans notre bouche.
Ce que notre bouche pourrait révéler sur notre santé
Notre bouche abrite un véritable écosystème microscopique. On parle de microbiome buccal pour désigner l’ensemble des micro-organismes qui y vivent et interagissent entre eux.
Cet univers est particulièrement riche. Des travaux de Rutgers rappellent que le microbiome oral comprend plusieurs centaines d’espèces bactériennes.
Surtout, la bouche ne fonctionne pas comme un environnement totalement isolé du reste de l’organisme. Les scientifiques étudient depuis plusieurs années les liens possibles entre les micro-organismes et différentes maladies.
À lireCancer du foie : les symptômes de cette maladieRutgers mène notamment des recherches sur les relations entre microbiome, système digestif et cancers. Des chercheurs de l’université travaillent depuis plusieurs décennies sur la colonisation gastrique, Helicobacter pylori et les liens entre certains micro-organismes et le cancer gastrique.
Ainsi, l’idée d’utiliser les bactéries comme de possibles marqueurs biologiques suscite un intérêt croissant. Des travaux récents de Rutgers sur le microbiome intestinal explorent d’ailleurs la possibilité de développer, à terme, des indicateurs non invasifs associés à différentes maladies.
Dans le cas du cancer de l’estomac, les chercheurs se sont donc intéressés aux bactéries présentes dans la bouche. Leur objectif n’était pas simplement d’observer l’apparence des dents, des gencives ou de la langue.
Ils voulaient regarder beaucoup plus petit.
Et c’est là que cette piste devient particulièrement intéressante.
Ces changements dans la bouche intéressent les chercheurs
Les « signes » évoqués ne correspondent donc pas nécessairement à une tache, une plaie ou une modification de la langue visible dans un miroir. Ils concernent surtout la composition du microbiome buccal, c’est-à-dire les populations de bactéries présentes dans la bouche.
Dans l’étude rapportée, les chercheurs ont comparé des prélèvements buccaux provenant de plusieurs groupes de patients. Certains étaient en bonne santé, tandis que d’autres présentaient des lésions gastriques précancéreuses ou un cancer de l’estomac.
Les scientifiques ont alors observé des différences dans la composition bactérienne.
Plus intéressant encore, les microbiomes des personnes présentant des lésions précancéreuses et ceux des patients atteints d’un cancer semblaient présenter certaines similitudes. Cette observation laisse envisager que des modifications microbiennes puissent apparaître relativement tôt dans l’évolution de la maladie.
Les chercheurs se sont notamment intéressés à plusieurs genres bactériens dont l’abondance différait entre les groupes étudiés.
Cela ne signifie cependant pas qu’une bactérie particulière dans votre bouche indique que vous souffrez d’un cancer. Notre microbiome varie sous l’influence de très nombreux facteurs : alimentation, hygiène bucco-dentaire, médicaments, âge ou encore état de santé général.
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De plus, le lien entre microbiome et maladie reste complexe. Des recherches de Rutgers consacrées aux microbes présents dans les tumeurs soulignent d’ailleurs une difficulté importante : observer une association biologique ne suffit pas toujours à déterminer si les micro-organismes participent à la maladie ou s’ils constituent simplement une conséquence de celle-ci.
Autrement dit, ces bactéries ne constituent pas actuellement un autodiagnostic du cancer.
En revanche, elles pourraient devenir des marqueurs utiles si de futures études confirment ces résultats sur des populations beaucoup plus importantes.
Un simple bain de bouche pour repérer un cancer plus tôt ?
C’est précisément la perspective qui rend ces travaux prometteurs. Un prélèvement du microbiome buccal pourrait être beaucoup moins invasif qu’une exploration de l’estomac.
Le principe étudié est relativement simple : recueillir un échantillon provenant de la bouche, puis analyser les micro-organismes qu’il contient. Les scientifiques pourraient alors rechercher une signature bactérienne associée à certaines anomalies gastriques.
À lireAVC : ce signe intervient souvent plusieurs jours avant l’accidentÀ terme, cette approche pourrait éventuellement servir à identifier des personnes nécessitant des examens complémentaires. Elle ne remplacerait donc pas nécessairement les méthodes diagnostiques classiques.
Pour confirmer un cancer de l’estomac, les médecins doivent en effet s’appuyer sur un bilan médical et des examens appropriés. Plus généralement, l’Institut national du cancer rappelle qu’un diagnostic de cancer nécessite plusieurs investigations permettant notamment de confirmer la maladie et d’en déterminer les caractéristiques.
Il faut donc éviter une confusion importante : un bain de bouche ordinaire acheté en pharmacie ou en supermarché ne permet pas de savoir si une personne souffre d’un cancer gastrique.
Il s’agit ici d’une méthode de prélèvement destinée à l’analyse scientifique du microbiome, et non d’un bain de bouche capable de détecter directement une tumeur.
Les recherches sur le microbiome restent néanmoins très actives. Rutgers étudie notamment les interactions entre micro-organismes et cancers afin de mieux comprendre leur rôle et de développer de nouveaux outils.
Si ces résultats sont confirmés par des études plus vastes, la bouche pourrait donc devenir une source supplémentaire d’informations pour repérer certaines personnes à risque.
Pour le moment, cependant, aucun changement visible dans la bouche ne permet à lui seul de diagnostiquer un cancer de l’estomac. Une perte de poids inexpliquée, des douleurs persistantes, des saignements ou d’autres symptômes inhabituels doivent plutôt conduire à consulter un professionnel de santé, qui pourra décider des examens nécessaires.

