La maladie de Parkinson touche de plus en plus de personnes à travers le monde. Longtemps considérée comme une pathologie purement motrice, elle est désormais reconnue pour ses effets sur le cerveau dans son ensemble. Et selon une récente étude, des bactéries présentes dans la bouche pourraient indiquer si la maladie évolue vers des troubles cognitifs graves, comme la démence.
Une maladie en forte progression
En France, Parkinson est la deuxième maladie neurodégénérative la plus fréquente, après Alzheimer. Elle touche aujourd’hui plus de 270 000 personnes dans l’Hexagone, et les projections sont alarmantes. D’après l’association France Parkinson, le nombre de malades pourrait plus que doubler d’ici 2050, atteignant 25 millions de personnes dans le monde. En cause : le vieillissement de la population, mais aussi les polluants environnementaux suspectés de favoriser l’apparition de la maladie.
Pourtant, malgré cette expansion inquiétante, le diagnostic reste difficile. Les symptômes apparaissent souvent tard, et l’évolution de la maladie varie fortement d’un patient à l’autre. Il devient donc urgent d’identifier des signes précoces permettant d’anticiper les formes les plus graves de la maladie, notamment lorsqu’elle entraîne un déclin cognitif.
Un lien surprenant entre bouche et cerveau
C’est dans ce contexte que des chercheurs du King’s College London ont mené une étude surprenante publiée dans la revue Gut Microbes. Leur objectif : déterminer si la composition des bactéries présentes dans la bouche et l’intestin pouvait fournir des indices sur l’évolution de Parkinson, notamment vers la démence.
Pour cela, ils ont analysé 228 échantillons de salive et de selles provenant de patients atteints de Parkinson. Deux groupes ont été constitués : des malades sans déclin cognitif, et d’autres souffrant de troubles mentaux plus avancés. Ces données ont été comparées à celles d’un groupe de personnes en bonne santé, afin d’identifier des marqueurs bactériens spécifiques à la progression de la maladie.
À lireMaladie à corps de Lewy : êtes-vous à risque ? Voici les 5 signes à repérerLes résultats sont saisissants : les chercheurs ont identifié des bactéries buccales anormales présentes uniquement chez les malades dont les fonctions cognitives déclinent. En d’autres termes, certaines souches buccales migreraient jusqu’aux intestins, jouant un rôle actif dans l’aggravation de la maladie.
Des marqueurs précoces de la démence
D’après les auteurs de l’étude, les bactéries identifiées pourraient servir de « marqueurs biologiques » pour repérer les patients à risque de développer une démence liée à Parkinson. Grâce à l’intelligence artificielle, l’équipe a même réussi à isoler des souches précises associées au déclin cognitif.
Cette découverte est majeure, car jusqu’ici, il n’existait aucun moyen fiable de prévoir l’apparition de troubles mentaux chez les patients parkinsoniens. Aujourd’hui, un simple échantillon de salive pourrait, à terme, permettre d’anticiper l’évolution de la maladie, et de mettre en place une prise en charge plus ciblée.
Mieux encore, ces bactéries pourraient devenir des cibles thérapeutiques. Des traitements agissant sur le microbiote intestinal ou buccal pourraient alors ralentir la progression de la maladie, voire empêcher certains symptômes graves de se développer.
L’importance d’une bonne hygiène bucco-dentaire
En attendant des traitements spécifiques, les chercheurs insistent sur une mesure simple mais souvent négligée : l’hygiène bucco-dentaire. Selon eux, un brossage rigoureux et régulier des dents pourrait freiner la prolifération de ces bactéries indésirables, et ainsi retarder l’apparition des troubles cognitifs chez les patients atteints de Parkinson.
À lireL’objet le plus sale de votre maison n’est pas celui que vous croyezCes résultats renforcent l’idée que le corps humain fonctionne comme un tout, où l’état de la bouche peut refléter celui du cerveau. Ils confirment aussi l’importance croissante du microbiote intestinal et buccal dans les maladies neurologiques.
Dans les années à venir, les chercheurs espèrent valider leurs découvertes à plus grande échelle, et intégrer cette nouvelle piste à la stratégie globale de lutte contre la maladie de Parkinson. Car prévoir, c’est déjà mieux soigner.

