Après 23 ans passés dans son appartement, Aïcha, une femme de 94 ans, a été expulsée au petit matin par la police. L’affaire secoue tout un quartier de Montpellier.
Une expulsion hors norme qui choque les voisins
Ce jeudi 24 octobre, à l’aube, un important dispositif policier a été déployé dans le quartier Croix d’Argent, à Montpellier. Objectif : expulser Aïcha de son logement social. Malgré son grand âge, la décision a été appliquée sans délai. La locataire occupait cet appartement depuis plus de deux décennies. Pourtant, elle a dû le quitter brutalement à 06h50.
Cette expulsion résulte d’une décision du tribunal judiciaire de Montpellier, rendue en mai 2024. Le bailleur social ACM Habitat avait saisi la justice en raison d’un trafic de stupéfiants soupçonné dans les parties communes de l’immeuble et au sein même de l’appartement. Si la nonagénaire n’était pas directement impliquée, le juge a estimé qu’elle ne pouvait ignorer les agissements des membres de sa famille hébergés sous son toit.
Une situation tendue dans l’immeuble depuis plusieurs années
Selon le bailleur, les nuisances provoquées par ce trafic étaient devenues insupportables pour les autres résidents. Les garages avaient été condamnés, le hall imbibé d’essence, et plusieurs locataires avaient préféré déménager plutôt que de subir cette situation. Des plaintes avaient été enregistrées sur une période de trois ans, sans véritable amélioration. Lors de la conférence de presse tenue après l’expulsion, le directeur d’ACM Habitat, Alain Braun, a défendu la fermeté de son action.
À lireLogement offert et 500 € par mois : l’incroyable offre de cette île pour attirer des habitantsIl a souligné que la justice avait reconnu l’existence d’un trafic actif dans les lieux, impliquant des proches de la locataire. Malgré plusieurs convocations, Aïcha ne s’était pas présentée au tribunal et n’avait pas démontré sa bonne foi. Le juge a donc décidé d’écarter tout délai supplémentaire, estimant que l’urgence de la situation nécessitait une intervention rapide.
La famille conteste : « On n’est pas des trafiquants »
Face à cette décision, la famille d’Aïcha exprime sa colère. Sa fille Hafida dénonce une expulsion « disproportionnée », évoquant une intervention musclée de plus de quarante personnes. Elle assure que ni elle, ni ses frères ou sœurs ne sont impliqués dans un quelconque trafic. La famille évoque même des agressions et menaces reçues de la part d’autres individus, contre lesquels des plaintes auraient été déposées.
La veille de l’expulsion, plusieurs voisins et proches s’étaient rassemblés devant les bureaux d’ACM Habitat pour protester. Une vingtaine de personnes a demandé un relogement d’urgence pour la nonagénaire. Leur mobilisation n’a cependant pas fait fléchir le bailleur, qui s’est appuyé sur la décision de justice pour justifier l’expulsion.
Un cas rare qui soulève de nombreuses questions
Cette affaire illustre une tension croissante entre maintien dans le logement social et lutte contre les trafics. Le préfet de l’Hérault, François-Xavier Lauch, a publiquement soutenu cette expulsion. Selon lui, permettre le stockage de drogue chez soi revient à faciliter le trafic. Il affirme que ce message clair doit servir d’exemple. Pourtant, cette position ne fait pas l’unanimité.
À l’heure actuelle, Aïcha est hébergée temporairement dans un hôtel, en attendant une solution plus durable. Elle aurait refusé une place en maison de retraite, selon les autorités. Le bailleur ACM Habitat affirme travailler à une solution plus adaptée, mais reste ferme sur la nature des faits. Ce dossier, au croisement de la justice, de la sécurité et de la solidarité, pose une question de fond : jusqu’où peut-on être tenu responsable des actes de ses proches lorsqu’on est locataire d’un logement social ?

