La France pourrait-elle vraiment rétablir le service militaire obligatoire ? L’idée, évoquée ces dernières années, a été précisément chiffrée par deux organismes gouvernementaux. Et la facture est vertigineuse.
Un retour qui pèserait lourd sur les finances publiques
Le Haut-Commissariat au Plan et France Stratégie ont récemment publié une étude détaillant plusieurs scénarios possibles autour du service national universel (SNU), à la demande du président Emmanuel Macron. Le retour d’un service militaire obligatoire, supprimé en 1997, figure parmi ces hypothèses… mais il s’avère être la plus coûteuse.
Selon les estimations, un service militaire mixte — s’adressant à 600 000 jeunes hommes et femmes — coûterait environ 14,5 milliards d’euros par an. Si cette obligation concernait uniquement les jeunes hommes (environ 300 000 personnes), la facture tomberait à 7,2 milliards d’euros.
Ces chiffres impressionnants soulèvent immédiatement la question de la faisabilité. D’ailleurs, le président lui-même jugeait récemment ce projet irréaliste. Pour Emmanuel Macron, la France n’a « ni la base, ni la logistique » pour accueillir autant de jeunes dans ses rangs militaires. L’armée actuelle, professionnelle et focalisée sur l’opérationnel, n’aurait pas les moyens de gérer un tel dispositif.
Des alternatives moins coûteuses au service militaire
En parallèle, d’autres scénarios moins ambitieux — mais aussi bien moins coûteux — ont été proposés. Par exemple, une version « boostée » du SNU, toujours volontaire, pourrait viser 200 000 jeunes de 15 à 17 ans. Elle inclurait des missions d’intérêt général (sécurité civile, solidarité, culture…) pour un coût estimé à 600 millions d’euros par an.
À lireBarbecue gênant : vos droits et recours face aux nuisances estivalesD’autres variantes visent un public plus large. Un SNU obligatoire pour 600 000 jeunes coûterait entre 1,7 et 3,5 milliards d’euros selon l’organisation choisie. Il s’agirait ici d’un service civil, sans volet militaire, mais avec une implication importante sur plusieurs mois.
Une autre piste envisagée serait un service militaire volontaire de six mois, réservé aux 18-25 ans. Avec une cible de 70 000 jeunes par an, cette formule coûterait environ 1,7 milliard d’euros, soit bien moins que la conscription obligatoire.
Des formules hybrides en discussion
Face aux coûts et aux contraintes logistiques d’un retour pur et dur du service militaire obligatoire, certains experts avancent des scénarios hybrides. L’un d’eux prévoit douze jours de cohésion obligatoires pour 600 000 jeunes, suivis de cinq mois de mission civile, avec 10 % des participants poursuivant sur trois mois de service militaire volontaire. Ce modèle avoisinerait 5 milliards d’euros par an.
Une autre variante permettrait à chaque jeune de choisir sa suite après les douze jours initiaux : soit un service civil de cinq mois, soit un service militaire de trois mois. Le coût total serait alors de 5,2 milliards d’euros par an.
Ces approches tentent de concilier volonté politique, acceptabilité sociale et contraintes budgétaires. Elles permettent aussi d’impliquer les jeunes générations dans des missions utiles sans nécessairement les envoyer sous les drapeaux.
Un service militaire plébiscité par les Français… mais à quel prix ?
Malgré les obstacles logistiques et financiers, l’idée d’un retour du service militaire continue de séduire une majorité de citoyens. D’après un sondage Ipsos-CESI, 86 % des Français se disent favorables au principe du service, dont 53 % pour le rendre obligatoire.
La répartition de ces opinions varie cependant selon les générations. Chez les 60 ans et plus, 63 % soutiennent un service obligatoire. Mais chez les moins de 35 ans, ce taux tombe à 41 %. La nostalgie d’une époque révolue ou l’idée d’un cadre pour la jeunesse pourraient expliquer cet écart.
Le contexte géopolitique joue aussi. Face aux tensions internationales et à la remise en cause du soutien militaire américain par Donald Trump, certains Français souhaitent renforcer la cohésion nationale et la préparation de la jeunesse à d’éventuelles crises.
À lireService militaire : ce détail peut avancer votre départ à la retraiteMais cette volonté collective se heurte à une réalité financière : 15 milliards d’euros, c’est autant que le budget annuel du ministère de la Justice ou celui de l’enseignement supérieur. Une somme colossale que l’État peine déjà à mobiliser dans d’autres secteurs.

