Depuis quelques mois, certaines villes françaises ont décidé de faire marche arrière en matière d’éclairage public nocturne. Ce choix soulève de nombreux débats.
Une extinction nocturne aux effets contrastés
À l’origine, de nombreuses communes avaient choisi d’éteindre leurs lampadaires la nuit, principalement pour des raisons économiques. Avec la flambée des prix de l’énergie, cette mesure permettait de réaliser d’importantes économies. Elle avait également un impact positif sur la protection de la biodiversité, puisque de nombreux animaux nocturnes souffrent de la pollution lumineuse.
L’extinction de l’éclairage public a permis, entre 2022 et 2023, de réduire de 25 % les émissions lumineuses en France. Cependant, tous les habitants n’ont pas accueilli cette décision de la même manière. Certains ont fait part de leurs inquiétudes concernant l’augmentation des risques d’agressions ou de dégradations de biens. Ces préoccupations ont pesé lourdement dans les décisions récentes de plusieurs communes de rallumer partiellement leurs rues.
Le retour des lampadaires sous l’effet de la baisse de l’énergie
Avec la récente baisse des tarifs de l’électricité, plusieurs collectivités locales revoient leur stratégie. À Rouen et dans plusieurs communes de sa métropole, des lampadaires, qui étaient éteints entre 23 heures et 5 heures du matin, sont désormais rallumés une partie de la nuit.
Selon des élus locaux, ce n’est pas l’écologie qui avait motivé l’extinction des lumières, mais surtout l’argument financier. À Saint-Étienne-du-Rouvray, par exemple, les plaintes des habitants face à une recrudescence de vols et de dégradations ont été prises très au sérieux par la municipalité, qui a préféré sécuriser ses rues.
À lireEnterrement : ces phrases que vous ne devriez jamais direPour autant, les données disponibles sur le lien entre éclairage public et insécurité restent limitées. Aucune étude ne démontre de manière incontestable que plus de lumière réduit effectivement la délinquance.
Entre écologie et sécurité, un équilibre à trouver
Pour les défenseurs de l’environnement, l’extinction des lampadaires est essentielle pour préserver la faune nocturne. Une simple route éclairée peut devenir une barrière infranchissable pour certaines espèces animales. De plus, l’excès de lumière perturbe les cycles naturels et peut entraîner la disparition de certaines espèces locales.
Cependant, pour de nombreux citoyens, notamment les femmes, la présence d’éclairage dans l’espace public est un facteur clé de sentiment de sécurité. Comme le souligne l’urbaniste Marie-Dominique de Suremain, il ne s’agit pas uniquement d’une question de statistiques, mais aussi d’un ressenti fondé sur des expériences réelles : harcèlement de rue, regards insistants, ambiance pesante.
Face à cette situation, plusieurs initiatives voient le jour. Les marches exploratoires, qui permettent aux habitantes de cartographier les trajets problématiques, offrent des solutions adaptées aux besoins des citoyens.
Des solutions alternatives émergent
Concilier respect du vivant et sécurité urbaine est possible grâce aux nouvelles technologies. Certaines villes optent pour des lampadaires à détection de mouvement, qui ne s’allument que lorsqu’une personne passe. D’autres expérimentent l’éclairage ciblé des passages piétons et des voies cyclables.
À lireOeufs : pourquoi leurs coquilles peuvent vous être très utilesCes dispositifs permettent de limiter la pollution lumineuse tout en assurant la visibilité dans les zones sensibles. Ils montrent qu’il n’est pas nécessaire de choisir entre protection de l’environnement et sécurité des citoyens.
En définitive, chaque territoire doit adapter ses choix d’éclairage à ses spécificités locales. En écoutant les usagers et en tenant compte des enjeux écologiques, il est possible de construire des villes à la fois accueillantes, sûres et respectueuses de la biodiversité.

