Deux lignes, une boîte jaune, et un goût unique de réglisse : le Cachou Lajaunie a marqué plusieurs générations de Français. Pourtant, un silence inquiétant plane désormais sur cette confiserie iconique de Toulouse.
Une disparition passée sous les radars
Créée en 1880 par Léon Lajaunie, pharmacien toulousain, la petite boîte jaune au goût puissant de réglisse et de menthe était à l’origine destinée à combattre la mauvaise haleine. Produite depuis près d’un siècle et demi dans la Ville rose, elle est devenue un symbole régional. Vendue dans les grandes surfaces, pharmacies ou encore bureaux de tabac, elle s’est imposée dans le quotidien de millions de Français.
Mais depuis plusieurs mois, la situation a changé. Plus aucun cachou en rayon. Ni en pharmacie, ni en grande surface, ni chez les grossistes. Une rupture brutale, sans communiqué, ni explication officielle. La pharmacie Lajaunie, toujours en activité, confirme qu’il est désormais impossible de s’approvisionner. Cette disparition ne semble pas temporaire.
Un patrimoine toulousain en sursis
Rachetée successivement par divers groupes, la marque avait connu une histoire mouvementée. Des laboratoires Pierre Fabre à Mondelez, elle a finalement été cédée au groupe Perfetti Van Melle fin 2022. Depuis ce rachat, le flou règne. Le site Internet du groupe mentionne encore la marque, mais la page dédiée a été supprimée, renforçant les soupçons d’un arrêt définitif de la production.
L’usine toulousaine, seule au monde à fabriquer les Cachous Lajaunie, produisait jusqu’à 18 tonnes par an. Aucun chiffre n’indique une baisse de demande suffisante pour justifier l’arrêt. Au contraire : selon les témoignages de pharmaciens, les demandes persistent. Beaucoup de clients, souvent fidèles depuis des décennies, cherchent désespérément la boîte jaune. Un pharmacien toulousain, Jean-Frédéric Bourva, confirme : « Je n’en ai plus depuis un an, les clients continuent d’en réclamer… mais apparemment, la production s’est totalement arrêtée. »
Une mobilisation citoyenne pour sauver la boîte jaune
Ce silence n’a pas empêché les inconditionnels de réagir. Une pétition intitulée « Sauvons les Cachous Lajaunie, trésor de notre patrimoine toulousain » a été lancée en juillet par Quentin Rech, un étudiant de 20 ans. Il en consommait une boîte par jour. Face à l’impossibilité d’en trouver, il a contacté Perfetti Van Melle… sans jamais obtenir de réponse.
Plus de 1 400 signatures ont été récoltées à ce jour, signe d’un attachement profond au produit. Les internautes témoignent, souvent avec émotion : « bon pour la gorge », « bon pour le nez », « un patrimoine », « une institution ». D’autres rappellent les campagnes publicitaires cultes, notamment le fameux jingle « Cachou, Cachou, Lajaunie, Lajaunie, han, han », diffusé dans les années 80, qui a marqué toute une génération.
À lireBarbecue gênant : vos droits et recours face aux nuisances estivalesLe slogan, aussi kitsch que mythique, a contribué à faire du cachou une confiserie intergénérationnelle. Malgré une image parfois associée aux personnes âgées, les jeunes l’appréciaient aussi. Le produit aurait donc pu vivre un second souffle… si seulement son avenir avait été pris au sérieux.
Le mystère reste entier
Aujourd’hui, aucun communiqué n’a confirmé l’arrêt officiel du Cachou Lajaunie. Pourtant, tous les signaux pointent vers une fin de production discrète. Ni le groupe propriétaire, ni les autorités locales, ni les distributeurs n’ont apporté de réponse claire. Cette disparition silencieuse laisse un vide amer dans le paysage des confiseries françaises.
Il reste une lueur d’espoir : la mobilisation citoyenne pourrait inciter le groupe à relancer la production ou, au moins, à s’exprimer publiquement. Car au-delà d’un bonbon, le Cachou Lajaunie représentait un héritage culturel et gustatif, ancré dans le quotidien des Français depuis 145 ans.
Le mystère demeure entier, mais une chose est sûre : les amateurs du cachou n’ont pas dit leur dernier mot.

