Invisible, rapide et désormais installé presque partout, le moustique tigre transforme notre été en alerte sanitaire. Le chikungunya, autrefois cantonné aux régions tropicales, gagne désormais du terrain en métropole. L’épidémie change d’échelle. Où en est-on ? Et quelles zones faut-il surveiller en priorité ?
Une flambée épidémique inédite
Depuis le début de l’été, 228 cas autochtones ont été recensés sur le territoire. Autrement dit, ces personnes ont été infectées sans avoir quitté la France. Ce chiffre marque un tournant : jamais une telle propagation n’avait été constatée dans l’Hexagone.
Les foyers sont localisés dans plusieurs régions : Vitrolles (36 cas), Fréjus (31 cas) ou encore Antibes (20 cas) sont parmi les plus touchés. Plus étonnant encore, des cas sont désormais signalés dans le Grand Est, la Dordogne ou même la Corse, signe que la maladie se déplace au-delà du sud méditerranéen.
En quelques semaines, la France a enregistré presque autant de foyers qu’en douze ans cumulés. Ce changement d’échelle inquiète les autorités sanitaires et impose de nouveaux réflexes de prévention.
Un moustique désormais partout… ou presque
Le principal vecteur de la maladie, Aedes albopictus, appelé moustique tigre, est présent dans 81 départements français. Il s’est adapté aux climats tempérés, grâce à ses œufs capables de résister au froid et à la sécheresse. Son cycle de reproduction, accéléré par la chaleur, explique l’explosion actuelle.
À lireHausse du COVID : carte des départements français les plus affectésL’année 2025 a aussi vu une vague de cas importés sans précédent. En provenance notamment de La Réunion, plus de 900 cas ont été signalés depuis janvier. Or, lorsqu’une personne infectée revient en métropole et se fait piquer, le moustique peut devenir vecteur local. C’est ainsi que les foyers autochtones émergent, parfois à distance des premiers cas.
Enfin, le climat actuel joue un rôle majeur. Chaleur, orages, humidité… autant de conditions idéales pour la prolifération des larves. À mesure que les températures grimpent, les risques augmentent.
Des symptômes parfois très douloureux
Le chikungunya est une infection virale transmise par les moustiques. Elle provoque des douleurs articulaires très intenses, souvent décrites comme invalidantes. Le nom lui-même signifie “celui qui se recroqueville” en swahili.
En plus de ces douleurs, la fièvre est généralement brutale. S’ajoutent souvent des maux de tête, des éruptions cutanées et une grande fatigue. Si la maladie disparaît en une ou deux semaines, certaines douleurs peuvent persister plusieurs mois.
À ce jour, il n’existe ni vaccin, ni traitement antiviral. La seule prise en charge possible est symptomatique, avec du repos, des antalgiques et une bonne hydratation. Voilà pourquoi il est crucial de limiter les piqûres et de briser les chaînes de transmission.
Des protocoles sanitaires mis en place
Dès qu’un cas est identifié, les Agences régionales de santé (ARS) déclenchent un protocole spécifique :
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Une enquête épidémiologique est lancée pour retrouver d’autres cas.
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La zone est désinsectisée dans un rayon de 150 à 300 mètres, avec une opération renouvelée 48 heures après.
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Les professionnels de santé sont alertés pour détecter rapidement de nouveaux cas.
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Les dons de sang, d’organes et de tissus sont suspendus localement à titre préventif.
Ces mesures permettent d’agir vite, mais leur efficacité dépend du repérage rapide des foyers. Or, face à une circulation qui s’intensifie, la surveillance devient de plus en plus difficile.

